| Firefox ou Internet Explorer ? |
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| Écrit par G. Stewart. | |
| 21-12-2004 | |
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FIREFOX est un cas classique du produit devenu succès du jour au lendemain et dont l'élaboration dure depuis des années. Edité par la Mozilla Foundation, un organisme à but non lucratif soutenant les logiciels Open-Source qui bénéficient des compétences de centaines de développeurs, Firefox est un navigateur web rapide et riche en fonctions qui manquent à l'Internet Explorer pâteux de Microsoft. Firefox s'installe en un clin d'œil et il est gratuit.
Firefox 1.0 est sorti le 9 novembre. Un peu plus d'un mois plus tard, la Fondation célébrait un événement important : 10 millions de téléchargements. Des dons des fans de Firefox ont payé une publicité de deux pages dans le New York Times le jeudi 16 décembre 2004. Jusqu'ici, le système d'exploitation Linux était le succès le mieux connu parmi les centaines de projets Open-Source qui font concurrence à Microsoft avec des logiciels techniquement forts et libres qui s'améliorent au fur et à mesure que la communauté d'utilisateurs qui trouvent et qui éliminent les bugs d'aggrandit. Mais à moins d'être responsable des achats du département informatique d'une grande société, il est peu probable que vous ayez ressenti le besoin d'essayer Linux vous-même. Avec Firefox, l'Open-Source sort de l'obscurité de la salle informatique de l'entreprise et pénètre chez vous, et chez vos parents aussi (vos enfants s'en servent déjà). Il est bien fini, aussi facile à utiliser qu'Internet Explorer, et beaucoup mieux défendu contre les virus, vers et intrusions. Microsoft a toujours considéré l'intégration profonde d'Internet Explorer dans Windows comme un “plus”. C'était, cependant, avant que la sécurité ne devienne un besoin quotidien. Firefox reste suffisamment éloigné du cœur de Windows pour que le Président de la Mozilla Foundation, Mitchell Baker, l'appelle une “défense naturelle”. Internet Explorer perd des parts de marché pour la première fois. D'après un sondage mondial effectué fin novembre par OneStat.com, une entreprise à Amsterdam qui analyse le web, la part de marché occupé par Internet Explorer est tombée à moins de 89%, 5% de moins qu'en mai. Firefox a maintenant presque 5% du marché, et sa part s'aggrandit. Gary Schare, directeur du management de produits Windows chez Microsoft, s'est vu assigner la tâche que personne n'envie d'expliquer comment Microsoft va réagir au challenge que constitue Firefox avec un produit dont les fonctions ont été mises à jour il y a trois ans. Il a dit que les utilisateurs actuels d'Internet Explorer continueront à l'utiliser une fois qu'ils auront tenu compte de “tous les facteurs qui les ont conduits à choisir I.E. Au départ.” Euh, pardon, Choisir ? I.E. N'est-il pas fourni en bundle avec Windows ? M. Schare a dit de Firefox qu'il devra prouver qu'il pourra passer de la version 1.0 à la 2.0 sans anicroches, et qu'il a bénéficié de “publicité gratuite” jusqu'ici. Si j'étais le porte-parole de l'éditeur de logiciels qui inclut son navigateur gratuitement et systématiquement sur chaque PC sous Windows, je réfléchirais deux fois plutôt qu'une avant de parler de “publicité gratuite”. Sur un ton plus conciliatoire, M. Schare a aussi déclaré que lui-même et sa société étaient très heureux de considérer Firefox comme une “partie du grand écosystème” de logiciels pour Windows. En fait, Firefox est parfaitement neutre étant aussi disponible pour le Mac et pour Linux. M. Schare est peut-être le porte-parole officiel, mais il n'utilise pas Internet Explorer lui-même. Il utilise plutôt Maxthon, édité par une petite entreprise du même nom. Maxthon utilise le moteur de rendu d'Internet Explorer mais il intègre de nombreuses fonctions qui manquent à Internet Explorer. “Ce sont les onglets qui m'ont séduit” me dit-il, faisant référence à la possibilité d'ouvrir plusieurs sites différents dans une seule fenêtre et de se déplacer très facilement parmi eux au lieu d'ouvrir une fenêtre pour chacun et mettre la mémoire du système à rude épreuve. Firefox propose des onglets. D'autres navigateurs aussi. Mais certaines caractéristiques fondamentales introduites lors de la conception d'Internet Explorer empêchent l'ajout de cette fonctionnalité et d'autres aussi sans une mise à jour en profondeur de Windows lui-même qui ne sera pas achevée avant 2006 au plus tôt. Ce n'est que justice si Microsoft se trouve dans ce prédicament. Fin 1995, quand Netscape Navigator était synonyme du 'Net et Internet Explorer devait encore séduire ses utilisateurs, Microsoft a pris la décision risquée mais stratégiquement positive de re-écrire totalement le code d'Internet Explorer. Comme le racontent Michael A. Cusumano du M.I.T. et David B. Yoffie de Harvard dans leur livre de 1998 “Competing on Internet Time: Lessons From Netscape and Its Battle With Microsoft”, cette décision a obligé Microsoft à différer la sortie d'Internet Explorer 3.0, mais le résultat final était un navigateur de loin supérieur sur le plan technique à Netscape Navigator. Le meilleur des deux navigateurs a remporté la victoire dans la Guerre Des Navigateurs I. Aujourd'hui c'est le code d'Internet Explorer qui aurait grand besoin d'être revu de A à Z et d'intégrer la sécurité système, et Firefox avec son nouveau code clair et propre va l'obliger à relever le défi. Netscape a légué son logiciel à la Mozilla Foundation qui a ensuite utilisé l'approche Open-Source pour entreprendre une re-écriture complète qui a duré trois ans. Firefox est basé sur Mozilla. Tout ce que Microsoft peut proposer aux utilisateurs d'Internet Explorer sont des améliorations de sécurité sous la forme de “patches” qui réparent les défauts d'autres patches plus anciens. Avec Windows XP Service Pack 2, la société appelle “avancée majeure dans la sécurité” le fait qu'un avertissement est affiché si l'utilisateur tente quelque chose qui provoquera le téléchargement d'une petite application appelée “contrôle ActiveX” qui peut prendre le contrôle du PC et, dans le pire des cas, effacer la totalité du disque dur. “Les utilisateurs doivent toujours prendre une décision informée” ajoute M. Schare (avec Firefox, les utilisateurs n'ont pas à prendre de décision au sujet de ces miniprogrammes qui sont bloqués de par la conception du navigateur). Bruce Schneier, cadre chez Counterpane Internet Security Inc. et une autorité sur le sujet de la sécurité, n'a pas dissimulé sa colère face à Microsoft qui dit avoir amélioré Internet Explorer. “Quand ma mère voit une boîte de dialogue lui disant «Voulez-vous télécharger ceci ?» elle va dire oui,” me dit-il. “C'est tout de même fourbe de la part de Microsoft de vous donner tous ces outils pour vous pendre puis de vous dire que c'est de votre faute quand vous le faites.” Il sermonne ses clients (et sa mère) : “N'utilisez pas Microsoft Internet Explorer, point final.” Jusqu'ici il se sert du navigateur Opera mais, ayant essayé Firefox, dit que ce dernier est “super comme alternative.” Ce mois-ci, les officiels de la Pennsylvania State University ont recommandé que les étudiants et le personnel cessent d'utiliser Internet Explorer à cause de problèmes de sécurité persistants. “Les menaces sont réelles et il existe des alternatives” disait l'annonce. Microsoft ne peut pas faire beaucoup quand il est coincé avec son code qui date d'une époque passée quand la protection contre les “méchants” n'était pas un problème. Aucune version autonome de Internet Explorer n'est proposée, le client fidèle doit télécharger et installer la dernière version du Service Pack 2. Et ceci nécessite Windows XP. Les utilisateurs de versions antérieures de Windows n'ont pas de chance s'ils veulent continuer à utiliser Internet Explorer. M. Schare de Microsoft a pourtant une suggestion pour ceux qui ne peuvent pas utiliser les derniers patches inclus dans Service Pack 2 : acheter un ordinateur neuf. En raisonnant de la sorte, les problèmes de sécurité inhérents au dysfonctionnement de la serrure sur une portière devraient être résolus en achetant une voiture neuve. L'analogie nous vient tout droit de M. Schare : “C'est comme l'achat d'une voiture”, dit-il. “Si vous voulez le dernier cri de la sécurité, il faut acheter le dernier modèle.” Dans ce cas, le dernier modèle n'est pas un Internet Explorer de 2001, c'est un Firefox de 2004. Source : article paru dans le New York Times le 19 décembre 2004. © 2004 New York Times. |
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